Mois missionnaire extraordinaire: La mission Ad Gentes aujourd’hui et la vie religieuse

Mois missionnaire extraordinaire: La mission Ad Gentes aujourd’hui et la vie religieuse

Sr. Georgeanne Donovan, SMSM
Suprérieure Générale
des Sœurs missionnaires de la Société de Marie

P. Lazar Stanislaus Thanuzraj, SVD
Secrétaire de la Mission, Rome (télécharger la présentation en anglais)

 

La mission Ad Gentes aujourd’hui et la Vie Religieuse

Bon après-midi à toutes – ou, dans certains cas, bonjour ou bonsoir à celles d’entre vous qui êtes dans d’autres régions du monde.

C’est vraiment un privilège pour moi d’être invitée à participer à ce Webinar car le sujet « Mission ad Gentes aujourd’hui et Vie Religieuse » m’intéresse beaucoup. Je suis membre d’une Congrégation religieuse féminine pour laquelle «la Mission ad Gentes » est l’un des éléments centraux de son charisme. Les autres éléments fondamentaux de notre charisme sont le fait que nous sommes Maristes et Religieuses.

Tout d’abord, les missionnaires d’aujourd’hui et d’hier partagent le même mandat que Jésus a donné à ses disciples : « Allez dans le monde entier et proclamez l’Évangile à chaque créature » (Mc 16,15). C’est le mandat de chaque chrétien : nous sommes baptisés et, en tant que disciples de Jésus, nous sommes envoyés pour proclamer l’œuvre salvifique de Dieu. Nous sommes envoyés pour proclamer le Mystère Pascal du Christ – sa Pâque de la mort à la Nouvelle Vie et la réconciliation qu’il offre à chacun de nous. C’est une proclamation de joie que, par notre baptême, nous sommes devenus preneurs de ce Mystère et que ce grand don est ouvert à tous. Et l’Esprit -qui dirige la vocation particulière de chaque Chrétien- indiquera où et vers qui irions-nous. Aujourd’hui, j’en parlerai dans le contexte de la vocation religieuse, en particulier des femmes missionnaires.
En réfléchissant sur le thème, je me suis demandé quels seraient les éléments clés de la Mission Ad Gentes aujourd’hui et quelles sont les différences avec la Mission Ad Gentes hier – c’est-à-dire, dans les temps anciens. Pour utiliser au mieux le temps dont nous disposons, j’ai décidé de partager un peu de l’histoire de ma Congrégation comme prisme pour éclaircir le sujet. Ma Congrégation n’a ni fondatrice ni fondateur ; nous avons plutôt onze Pionnières, la première étant Marie-Françoise Perroton, une laïque de Lyon, en France. C’est elle qui a semé les graines qui vont pousser dans notre Congrégation, les Sœurs Missionnaires de la Société de Marie.

Marie-Françoise Perroton était membre de l’Association de la Propagation de la Foi fondée en 1822 par Pauline-Marie Jaricot, une autre femme laïque de Lyon. Fondamentalement, les membres de cette association travaillaient dans de petites cellules pour collecter des fonds destinés au soutien des missions. Les Annales de l’Association de 1842 ont publié une lettre adressée aux fidèles de Lyon par les chrétiens de l’île d’Ouvéa/ Wallis dans le Pacifique. Ils ont déclaré : « Nous avons déjà eu des preuves pratiques de votre charité, mais nous formulons maintenant une autre demande : c’est que, si nous vous sommes chers (si vous nous aimez), envoyez-nous des femmes pieuses [des sœurs] pour enseigner les femmes d’Ouvéa/Wallis. »

Ce message a profondément touché le cœur de Marie-Françoise Perroton et elle l’a vécu comme un appel personnel. Elle a prié, pris des conseils et sa décision a mûri au cours des trois années suivantes jusqu’à ce qu’elle puisse enfin dire : « J’ai beaucoup réfléchi à la question et ma décision est définitive… Mon vœu est de servir sur le terrain de la mission pour le reste de ma vie. » Alors, à 49 ans (elle n’était pas jeune !), elle partit. Avant de quitter Lyon, le Supérieur Provincial de la Société de Marie (les Maristes) l’a accompagnée au Sanctuaire de Fourvière et a ajouté son nom à ceux des missionnaires maristes dans le cœur accroché au cou de la statue de Marie. C’était un geste symbolique qu’elle n’oublia jamais ; cela l’assurait qu’elle avait été confiée à la Société de Marie. Et nous avons ici la preuve du deuxième élément central de notre charisme – être mariste, membre de la Société de Marie.

Marie-Françoise est partie dans la foi, sans ressources matérielles, faisant confiance à la Providence pour subvenir à ses besoins. Elle quitta la France en novembre 1845 et, en octobre 1846, elle arriva sur l’île d’Ouvéa (Wallis) dans le Pacifique. Cela faisait partie du territoire de mission de l’Océanie qui avait été confié par l’Église à la Société de Marie. (Au 19ème siècle, il était courant de confier à des Congrégations d’hommes certains territoires de différentes parties du monde pour mener à bien l’œuvre d’évangélisation.) Ce sont les hommes, les prêtres, qui ont été considérés les missionnaires. Nos sœurs étaient considérées comme leurs auxiliaires.

Marie-Françoise a vécu douze ans dans les îles de Wallis-et-Futuna avec la solitude comme compagne constante, pour répondre aux besoins des femmes et des enfants. En 1858, son désir que d’autres la rejoignent se réalisa lorsque trois « Sœurs de la Charité du Tiers Ordre de Marie » arrivent à Futuna. Au cours des deux années suivantes, sept autres sont arrivées en Océanie. Celles-ci, nos onze Pionnières, ont été envoyées dans diverses îles des différents Vicariats. Elles ont fait vœu d’obéissance à l’Evêque et ont vécu selon une simple Règle de vie. En cela, la graine de la troisième dimension de notre charisme était évidente – celle d’être religieuse.

Il a fallu 85 ans et de nombreuses étapes de croissance et de développement avant de devenir une Congrégation de Droit Pontifical en 1931. Au cours de ces 85 premières années, notre lieu de mission était l’Océanie. Des femmes de nombreux pays ont rejoint la Congrégation mais toutes ont été envoyées en Océanie ; et dans les premières années, elles sont parties avec la compréhension qu’elles partaient pour la vie. C’était un don total en laissant derrière elles des familles bien-aimées, des nations, le réconfort de leurs cultures et de leurs coutumes, afin de se donner par amour pour le Christ et les gens vers qui elles ont été envoyées. De plus, des femmes des îles d’Océanie ont rejoint notre Congrégation depuis le début et elles aussi ont souvent été envoyées en mission dans d’autres îles. L’appel à la « Mission Ad Gentes » faisait pour nous partie intégrante de notre charisme et le reste aujourd’hui. Avec l’approbation en 1931, notre Congrégation s’est ouverte à la Mission Universelle ; nous n’étions plus limitées à la mission en Océanie ou aux territoires associés aux missions de la Société de Marie. À partir de ce moment-là, nous avons pu répondre aux invitations à servir en mission dans différentes parties du monde pour aller plus spécialement vers ceux et celles qui sont aux marges de la société… vers les périphéries.
Dans le passé, le terme “Gentes” faisait référence aux sauvages ou païens, ce qui n’est pas exactement une expression positive – des mots que nous n’utiliserions certainement pas aujourd’hui. Cette compréhension a favorisé l’idée que l’effort missionnaire a signifié aller vers l’« autre » avec l’intention de convertir tout le monde à notre foi. Il a également conduit à la pensée que nous pourrions rechercher ou mesurer le succès par le nombre de baptêmes, ou l’étreinte totale par les gens de notre façon de percevoir le monde et de vivre en elle.

Depuis Vatican II, il y a eu un changement radical et une transformation dans la compréhension de l’Église des « Gentes » Nous voyons clairement le changement dans le document de Vatican II Nostra Aetate : « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes et les femmes.» (Nostra Aetate, no.2). Cela a jeté les bases d’un développement ultérieur de la Missiologie qui favoriserait une nouvelle compréhension de la mission chrétienne, une compréhension dans laquelle j’ai été formée pour devenir une sœur missionnaire après Vatican II.

Voici quelques éléments clés pour comprendre la mission Ad Gentes aujourd’hui :
1. La mission est la mission de Dieu, pas la nôtre (Église, Congrégations, individus).

2. Dieu a envoyé Jésus dans la puissance de l’Esprit Saint pour accomplir cette mission. (La mission découle de la communion et du dialogue entre les Personnes de la Trinité. L’amour du Père pour toute la création qui a besoin de salut est l’impulsion pour envoyer Jésus. Et son ouverture totale à cet envoi, sous la mouvance de l’Esprit et avec sa puissance, est le moment fondateur de la mission.)

3. Tous les disciples de Jésus sont appelés à participer à la mission de Jésus en travaillant pour la paix, la justice et la promotion de bonnes relations dans notre monde, s’efforçant ainsi de construire le Règne de Dieu. (Tous les baptisés sont envoyés en mission : être des ambassadeurs de la réconciliation dans les espaces brisés de la vie des gens, de la société, de la création… envoyés à ceux qui vivent à la périphérie, à la fois près et loin.)
a) Les missionnaires participent à cette mission dans une culture autre que la leur, que ce soit dans son propre pays ou dans un autre pays, avec et parmi un peuple à qui ils ont été envoyés, (et, espérons-le, invités) avec la conscience que
b) nous marchons sur un terre sainte où l’Esprit nous a déjà précédés ;
c) nous nous ouvrons pour recevoir de la richesse de « l’autre » ainsi que pour partager, lorsqu’on nous invite à le faire, la richesse de notre propre tradition de foi et pour faire don de nous-même dans le service « au nom de Jésus »
d) vivre fidèlement la mission de Jésus, avec amour et respect pour tous, crée la possibilité d’une évangélisation mutuelle;
e) nous apprenons et collaborons avec (cum gentibus) ceux et celles qui nous ont accueillies parmi eux pour prendre part aux œuvres de justice et de paix;
f) nous aidons à construire les ponts avec lesquels traverser les clivages multicouches qui opposent les gens les uns aux autres, causant de graves ruptures dans la société; ainsi, nous devenons des ambassadeurs de la réconciliation;
g) ce qui nous sera demandé, c’est de nous vider progressivement de nous-mêmes, une manière de mourir à moi-même chaque jour pour «se laisser habiter par l’esprit du Christ», découvrant sa façon d’être le premier Evangélisateur. (Un missionnaire mariste a dit que s’il avait été facile de quitter son propre pays; il était beaucoup plus difficile de quitter son « moi » tous les jours);
h) cela nous donne les moyens et nous pousse à agir avec justice, à aimer tendrement et à marcher humblement avec Dieu.

Bien que le Concile Vatican II ait inauguré une nouvelle compréhension de la mission Ad Gentes, nous sommes encore dans un processus de conversion et de transformation dans ses applications pratiques aujourd’hui. En relisant nos Constitutions et nos textes sur la “mission” qui expriment le cœur de notre charisme, je me demande dans quelle mesure nous vivons bien l’idéal qui nous est présenté. A quelle vie appellent-ils les missionnaires aujourd’hui ? J’aimerais partager avec vous certains de ces textes de nos Constitutions qui ont été rédigées il y a trente-cinq ans et que je crois que nous devons adopter de façon continue. Les extraits suivants sont tirés du chapitre intitulé : AT THE SERVICE OF EVANGELIZATION qui, pour moi, indique une attitude fondamentale sous-jacente du missionnaire… “au service de”.

Nos textes rappellent aux Sœurs Missionnaires Maristes que
La mission est l’œuvre de Dieu :
« Le dessein d’amour du Père
révélé par le Fils
se continue dans l’Eglise
par la puissance de l’Esprit
toujours à l’œuvre pour conduire toute l’humanité
au Père dans le Christ. » (C.11)

Dieu a envoyé Jésus pour faire la mission qu’Il lui a confiée :
« Jésus, Envoyé du Père, est le premier évangélisateur. » (C. 12)

Nous prenons part à la mission de Jésus :
« Dans une disponibilité totale,
nous sommes prêtes à quitter notre pays
pour partir ou repartir
vers d’autres peuples, d’autres cultures,
sûres que l’Esprit nous précède… » (C. 16)

Nous vivons, avec respect et ouverture, une évangélisation mutuelle:
« Envoyées
à ceux qui ne connaissent pas le Christ
à ceux qui sont en marche vers Lui
ou aux Eglises locales qui ont besoin
d’une aide missionnaire,
nous nous ouvrons à leur culture,
prêtes à recevoir autant qu’à donner,
n’ayant pas d’autre but
que de chercher humblement avec tous
l’avènement du Règne de Dieu. » (C. 17)

Nous faisons la mission « au nom de Jésus », dans un esprit de collaboration :
« Dans ces différents services,
choisis dans la ligne de notre tradition,
en tenant compte des besoins du pays
et des priorités de l’Eglise locale,
nous nous souvenons, à la lumière de la foi,
que c’est Jésus lui-même que nous servons en tous
surtout dans les petits, les pauvres,
et dans tous ceux qui souffrent. » (C. 19)

Nous sommes inspirés par les attitudes de Marie :
« Inspirées par Marie et confiantes en son aide,
nous cherchons à servir comme Elle, d’une manière humble et discrète
et sans nous imposer, dans le désir que soit révélé le Christ,
en demeurant nous-mêmes
“ inconnues et comme cachées dans le monde ”,
pour ne pas gêner l’action de Dieu
en ceux que nous servons. » (C. 20)
Mary est allée à Cana comme une « invitée », et non comme celle qui voulait usurper le rôle de l’animatrice ou de l’hôtesse. Elle était attentive aux besoins des autres mais, en même temps, discrète dans sa façon de répondre à un besoin. Les missionnaires vont vers d’autres peuples en tant qu’ « invités ».
« Nous préparons ou encourageons les autres
à prendre en mains leurs responsabilités,
disponibles nous-mêmes à rester ou à partir
selon les nécessités de l’évangélisation. » (C. 21)

Nous travaillons à l’autonomisation des personnes dans n’importe quel domaine du ministère où nous sommes engagées : par exemple, l’éducation et la santé, la formation de dirigeants laïcs pour l’Église et la société ; nous nous retirons lorsque nous avons accompli la tâche, en responsabilisant les hommes et les femmes par l’éducation à accroître leur capacité d’assumer leur rôle dans la société et, parfois, jusqu’à poursuivre de façon autonome un ministère que nous avons commencé, etc.
« Parmi d’autres peuples et dans notre pays,
dans le respect et le dialogue,
nous essayons d’être liens de communion
entre les peuples, les races et les cultures,
et témoins d’amour universel. » (C. 22)

Nous vivons dans des communautés interculturelles, témoignant de la vérité que, avec la foi, il est possible de partager la vie en communion e dans le respect de chaque personne dans sa diversité et sa richesse culturelles. Avec la peur croissante de « l’autre » dans de nombreuses sociétés, le témoignage des communautés interculturelles basées sur la foi est plus que jamais nécessaire. Alors que les missionnaires entrent dans la vie de « l’autre » dans le respect et le dialogue, ils doivent être conscients qu’ils sont maintenant devenus « l’autre ».

Espérons que nous pourrons tous redécouvrir notre appel missionnaire à être des « invités » de « l’autre », à marcher doucement avec respect parmi les « autres », à être ouverts à l’évangélisation mutuelle et, le moment venu, à accueillir les autres dans notre « maison » en tant qu’invités d’honneur.

Être au service de l’évangélisation exige un cœur missionnaire qui embrasse les qualités que j’ai mentionnées avec un désir d’union intime avec Dieu. Le cœur de la mission est la prière. Ce n’est que lorsque nous prenons du recul dans la prière et la contemplation que nous pouvons entendre les cris des pauvres (Si vous nous aimez…) nous appelant à répondre aux besoins de la mission aujourd’hui – ceux qui sont en cours, tels que l’éducation et les soins de santé, et ceux qui sont nouveaux , comme soutenir les victimes de la traite des êtres humains, les enfants des rues, les migrants, les réfugiés, les familles en détresse, les jeunes, ceux qui ont besoin d’apprendre une compétence pour subvenir aux besoins de leur famille, etc. L’Église ne peut vivre son mandat missionnaire que par la vie d’amour et de service de ses membres, les disciples de Jésus. Car vraiment, nous sommes tous baptisés et envoyés en mission.

S. Georgeanne M. Donovan, smsm UISG Webinar – le 21 octobre 2019
Supérieure Générale – Sœurs Missionnaires de la Société de Marie

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