Promouvoir la synodalité comme un chemin pour la mise en œuvre de Laudato Si

La pandémie du Covid-19, un appel à promouvoir la synodalité comme un chemin pour la mise en œuvre de Laudato Si

Cette pandémie mondiale et la crise sanitaire agissent comme un véritable révélateur de nos maux et dysfonctionnements d’un côté tout en mettant au jour les bonnes pratiques et actions essentielles au service du bien commun. Elle met en effet particulièrement en lumière les inégalités et les injustices mais aussi les initiatives de solidarité et d’attention au plus faibles. Cette période est aussi un “Kairos“, une occasion de s’arrêter et de faire le point pour choisir un avenir meilleur et construire un monde plus juste. En essayant de lire ensemble les signes des temps en ce contexte marqué par l’incertitude, nous entendons encore plus fortement le cri des pauvres, le cri des opprimés, le cri de ceux qui demandent à respirer. Nous ne pouvons plus nier la profondeur de notre crise sociale et écologique. Nous ne pouvons pas fermer les yeux devant les impacts dramatiques de la crise économique et politique sur tant de personnes. Cette crise multidimensionnelle souligne à quel point nous sommes à la fin d’un système qui génère une “culture du déchet” et détruit la terre. Et il est intéressant de voir que l’expérience disruptive du confinement renforce cette conscience partout dans le monde.

Dans le même temps, nous sommes davantage conscients de notre interdépendance et interconnection. Ainsi, cette crise multidimensionnelle illustre l’enseignement de Laudato Si ” tout est lié” (LS §70, 138, 240) en nous donnant de réaliser que “nous sommes tous dans le même bateau” comme le pape François nous l’a rappelé lors de sa méditation Urbi et orbi. Nous voyons bien que la seule façon de sortir de cette pandémie est d’agir ensemble en prenant le cap de la solidarité.

Nous sommes donc appelés à faire partie de l’équipage avec les autres pour chercher ensemble comment naviguer sur une mer traversées par des courants différents. Cette crise est un appel à réfléchir et à agir en collaboration pour discerner la route à suivre et manœuvrer adéquatement pour faire avancer le bateau dans la bonne direction. En tant que religieuses, nous nous sentons particulièrement appelées à un chemin de conversion qui nous invite à oser faire un pas de plus sur la voie du prophétisme pour répondre aux cris et souffrances de notre monde brisé. Et nous entendons comme un appel à déployer avec audace créativité et synergie, en nous engageant résolument dans une réflexion commune et des collaborations inter-congrégations.

Grâce à notre engagement déjà fort dans une dynamique JPIC, nous avons déjà identifié de bonnes feuilles de route et un GPS pour naviguer en ces moments difficiles et préparer un avenir d’espérance. En fait, Laudato Si et le document final du synode sur l’Amazonie avec ses mots clés – alliance, conversion, écologie intégrale, synodalité, mission et dialogue – ainsi que Querida Amazonia structuré en quatre chapitres – 1/ un rêve social 2/ un rêve culturel 3/ un rêve écologique 4/ un rêve ecclésial – nous donnent des lignes directrices claires et pertinentes qui s’avèrent vraiment prophétiques pour affronter cette crise. La ligne de force qui s’en dégage est un appel au changement, à la conversion.

Pour emprunter ce chemin et remplir sa mission de service du bien commun de notre « maison commune », l’Église doit emprunter le chemin de la synodalité. Car les deux derniers synodes l’ont mis en avant, la synodalité est l’ecclésiologie requise pour le monde aujourd’hui. Elle dessine la vision ecclésiale articulée à la vision de l’écologie intégrale qui inclut le développement humain intégral. C’est donc une véritable bonne nouvelle et, dans un sens, pas vraiment une surprise après le synode sur les jeunes qui a tant insisté sur la synodalité, que le prochain synode des évêques en 2022 porte sur la synodalité. Son thème “Pour une Église synodale : communion, participation et mission” nous donne déjà les mots clés pour notre vie missionnaire. Et la vie religieuse, en raison de son expérience de la vie communautaire, du discernement en commun et de son engagement dans la mission, a probablement un rôle majeur à jouer pour favoriser la transformation d’une église cléricale en une église synodale.

Ainsi la synodalité apparait comme une vision puissante pour l’Eglise aujourd’hui, de l’ordre d’une vision dynamique de l’Eglise à même de parler à nos contemporains et d’inspirer nos pratiques ecclésiales et missionnaires pour relever les défis de l’annonce de la foi dans le monde contemporain. Car la synodalité donne de penser l’Eglise en processus de renouvellement à partir d’une théologie du Peuple de Dieu qui souligne que tous les baptisés sont disciples missionnaires. Ancrée dans Vatican II et dans l’expérience concrète des synodes (en premier lieu le synode des évêques mais aussi les multiples synodes diocésains), la synodalité est en effet de l’ordre des pratiques ecclésiales. Elle est en fait « l’Eglise dans l’histoire » qui se traduit dans et par un « cheminer ensemble ». Elle fait partie de la nature même de l’Eglise. Elle en est « une dimension constitutive » ou encore « une caractéristique essentielle » c’est pourquoi on peut dire avec Jean Chrysostome cité par le Pape François « Eglise et synode sont synonymes ». Elle se déploie dans le temps à travers des processus. Elle est une manière d’incarner concrètement les quatre principes donnés par le Pape François dans Evangelii Gaudium au chapitre 4 : « le temps est supérieur à l’espace », «  l’unité prévaut sur le conflit », « «La réalité est plus importante que l’idée», « le tout est supérieur à la partie », que l’on pourrait aussi qualifier de principes de synodalité. Il est sûr que nous entendons et recevons aujourd’hui la notion de la synodalité dans le contexte du pontificat du Pape François qui fait de la synodalité un axe majeur de sa ligne ecclésiale et du synode des Evêques un instrument clé de la réforme de l’Eglise. Ce que le Document de la CTI (Commission Théologique Internationale) sur « la synodalité dans la vie et la mission de l’Eglise » traduit ainsi : « Dans la ligne tracée par Vatican II et parcourue par ses prédécesseurs, le pape insiste sur le fait que la synodalité exprime la figure de l’Église qui émerge de l’Évangile de Jésus et qui est appelée à s’incarner aujourd’hui dans l’histoire, dans une fidélité créative à la Tradition. »[1]

Dès le début de son pontificat, le pape François a mis l’accent sur cette vision de la synodalité en exprimant une façon de voir l’Église qui met en évidence la notion de “Peuple de Dieu”. Dans l’un des discours les plus importants de son pontificat – le discours de la cérémonie commémorant le 50e anniversaire de l’institution du synode des évêques, le 17 octobre 2015 – il a clairement conçu et adopté la voie de la synodalité comme celle “attendue par Dieu pour l’Église du troisième millénaire”. Il a déclaré que la synodalité – “Cheminer ensemble – laïcs, pasteurs, l’évêque de Rome” – est “constitutive de l’Église”. Son approche de la synodalité est ancrée dans une réévaluation de la théologie du peuple de Dieu du Concile Vatican II – en particulier Lumen Gentium chapitre 2 – influencée par la théologie argentine du peuple qui a façonné son ancien ministère en tant que jésuite et archevêque de Buenos Aires. Il souligne en particulier le sensus fidei et l’égale dignité de tous les baptisés appelés à être des disciples missionnaires”. La synodalité est une façon d’être et d’agir, qui favorise la participation de tous les baptisés et des personnes de bonne volonté. Elle signifie “marcher ensemble” dans une église de pèlerins, une église en mouvement, l’église du peuple de Dieu, où chacun a une voix et prend une part active quels que soient son âge, son sexe ou son état de vie.

La synodalité est ainsi un modus vivendi de l’Église au quotidien, une manière de vivre, expérimenter et proposer l’Eglise à travers des dynamiques synodales à mettre en œuvre à tous les niveaux et lieux d’Eglise. Ce qui demande aujourd’hui des apprentissages concrets. Mais plus largement on pourrait dire que la synodalité est aussi une manière de regarder et présenter l’Eglise, et donc une vision intégratrice ou conception de l’Eglise qui prend en compte son agir-même. On comprend donc pourquoi la synodalité est fondamentalement reliée et articulée à l’évangélisation. C’est d’ailleurs pourquoi le synode des jeunes a fait le choix d’utiliser le terme « synodalité missionnaire » pour parler de la synodalité[2]. Ce lien fondamental entre synodalité et évangélisation n’est pas étonnant puisque « de sa nature l’Eglise est missionnaire » (AG2). Parler de synodalité, c’est parler de l’Eglise en actes et donc parler d’évangélisation. La synodalité est toute entière orientée vers l’évangélisation, elle est articulée à cette vision de l’Eglise-en-sortie qui est l’Eglise en dynamique de communion-mission, l’Eglise en chemin de conversion dans laquelle tous sont sujets acteurs de l’évangélisation, coresponsables de la mission.

La synodalité qui se déploie tout autant à travers des synodes formels que des démarches synodales à mettre en œuvre dans tous nos lieux d’Eglise, est aujourd’hui un instrument-clé de l’actuelle transformation missionnaire de l’Eglise et de sa nécessaire réforme pour sortir du cléricalisme. Puisse la vie religieuse être moteur de synodalité en ouvrant grand ses voiles au souffle de l’Esprit-Saint !

 

Sr Nathalie Becquart, xavière

Consultrice pour le Secrétariat Général du Synode des Evêques

[1] COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, La synodalité dans la vie et la mission de l’Eglise, 2018. au §9

 

[2] Voir Document final du synode des jeunes, Partie III sur la synodalité

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